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4 - AUTRES MISES EN GARDE

 

J'ai commenté jusqu'ici certaines mises en garde concernant surtout le vendeur. En voici d'autres qui devraient intéresser particulièrement l'acheteur et être connues du vendeur.

 

1-                  LES HYPOTHÈQUES LÉGALES DE LA CONSTRUCTION

 

Celui qui participe à la construction d'un immeuble ou qui fournit des matériaux pour cette fin, bénéficie d'une hypothèque légale de la construction qui a préséance sur toutes les autres hypothèques.

Il s'agit d'une hypothèque "fantôme" occulte jusqu'à ce que le créancier publie un avis de conservation de cette hypothèque qui doit être fait au plus tard dans les 30 jours de la fin de tous les travaux, sans exception. L'examen des titres par le notaire ne lui permet pas de savoir si l'immeuble est grevé d'une hypothèque occulte de la construction.

La suspension de la fin des travaux de construction d'un immeuble vaut pour tous les autres créanciers de la construction. Cette suspension jusqu'à la fin des travaux continue même si l'immeuble est occupé et même s'il s'agit de menus travaux en autant qu'ils font partie du contrat d'entreprise.

La Cour d'appel confirmant un jugement de la Cour supérieure qi avanit décidé que le fait qu'un système n'avait encore été instalé suffit pour retarder la fin des travaux.

Mais comment alors un acheteur peut-il connaître le contenu des contrats concernant la construction en question, une entreprise impossible en pratique, et ce, dans les moindres détails?

Il faut déplorer la piètre qualité de la législation québécoise concernant les hypothèques  légales de la construction. "Tout croche, tout croche". Que d'injustices commises à cause de cela. Le bon sens est souvent absent. Pire, le législateur ne la change pas. Ces créanciers ne s'en pleignent pas, tandis que des acheteurs courent le risque de perdre leur chemise à cause de cela. On ne peut ici être trop prudent. Il ne faudrait pas que vous perdiez la vôtre. Ne vous laissez pas convaincre du contraire par des renonciations quelconques de la part de ces créanciers, des engagements du vendeur de terminer lui même les travaux, et du fait qu'on peut substituer une hypothèque légale de la construction par une autre sureté. Aucun de ces faits n'a pour effet de suspendre la fin des travaux.

Si le notaire instrumentant vous dit le contraire, demandez-lui de vous tenir indemne de ces hypothèques et ce par écrit. Vous verrez bien!

Seul un rapport d'un expert certifiant que tous les travaux sont terminés à 100% (non à 99.99%) et votre inspection physique des lieux ne laissant paraître aucun travaux à effectuer, devraient vous satisfaire. D'ailleurs le vendeur-constructeur a dû en remettre une copie au créancier hypothécaire dont le prêt a servi à financer la construction. La responsabilité du notaire instrumentant est engagé s'il est au courant de la possibilité d'une hypothèque occulte de la construction, et qu'il n'en n'a pas prévenu l'acheteur. Il en est de même de l'agent immobilier qui a participé à la transaction.

Voir C5

 

2-                  ENGAGEMENT DU VENDEUR VIS À VIS L'ACHETEUR

 

Il arrive qu'à l'occasion de la vente d'un immeuble le vendeur s'engage à effectuer des travaux de construction ou de radier certaines inscriptions au régistre de la publicité des droits, et qu'à cette occasion il propose de consentir en faveur de l'acheteur une sûreté qui est habituellement une somme d'argent détenue en fideicommis par un notaire ou un avocat, pour garantir l'exécution de son obligation.

Il vous faut savoir qu'un dépôt en argent fait par un vendeur pour garantir l'exécution de son obligation, doit être hypothéqué pour que le titulaire de ce dépôt, en l'occurrence l'acheteur, puisse le réclamer en tout ou en partie au cas de défaut du vendeur. Au cas de faillite, le dépôt de l'offrant est en péril s'il n'a pas été hypothéqué.

Aussi, les conditions relatives à l'encaissement de ce dépôt doivent être correctement précisées.

Voir formule A 9.2

 

3-                  LE DÉPÔT EXIGÉ PAR LE CONSTRUCTEUR-VENDEUR

 

Habituellement, le constructeur-vendeur d'un immeuble exige que l'offrant lui remette un dépôt en argent à l'occasion de la signature de l'offre d'achat. Le plus souvent le constructeur-vendeur utilise cette somme d'argent pour financier ses opérations. Au cas de faillite de sa part, adieu le dépôt !

Évitez d'agir ainsi. Dites-lui que vous êtes plutôt disposé à lui consentir une hypothèque sur un dépôt en argent détenu en fideicommis entre les mains de son notaire.

Voir formule A 9.3

 

4-                  AVEC OU SANS GARANTIE

 

Il est question ici non pas de la garantie quant aux titres à la propriété, mais plutôt de celle concernant la qualité de la construction et de l'état du terrain.

L'espace me manque pour commenter cette garantie. C'est pourquoi je vous renvoie aux articles 1726 et autres du Code civil. Vous trouverez le Code civil sur l'internet en visitant: http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/sujets/glossaire/code-civil.htm .

On n'achète pas une propriété les yeux fermés. Un défaut que vous avez pu constater au moyen d'un examen physique sommaire n'est pas considéré comme un défaut caché. Aussi dans tous les cas, il est recommandé de demander un rapport sur la qualité de la construction à un technicien en inspection de bâtiments en construction. Si ce rapport indique la présence d'un défaut de construction ou d'un indice à l'effet qu'il existe un défaut caché, vous devez demander l'opinion d'un expert avant d'acheter la propriété. Vous noterez que la formule d'offre d'achat suggérée comporte une telle condition. La personne qui se propose d'acheter un terrain vacant exigera un rapport concernant la qualité du sol. Il en sera de même dans bien des cas lorsqu'il s'agit d'un immeuble amélioré.

Il faut préciser: "la vente est faite sans garantie et aux risque et péril de l'acquéreur."

Celui qui se propose d'acheter un immeuble, amélioré ou non, ne se surprendra pas si le propriétaire exige que la vente soit faite sans garantie s'il s'agit d'une vieille construction.

Une attention particulière doit être accordée à l'état de la couverture, aux systèmes de chauffage et de climatisation et de l'infiltration d'eau par les murs du sous-sol.

En principe on doit éviter de vendre avec la garantie légale. Autrement, vous courrez le risque d'être poursuivi par celui qui aura acheté l'immeuble de celui à qui vous l'aurez vendu.

 

5-                  DIVERS

 

  • L'acheteur d'un immeuble qui est de connivence avec le vendeur pour qui ce dernier contreviendra à une obligation stipulée dans un acte d'hypothèque engage sa responsabilité (bail frauduleux, défense d'établir une servitude, de percevoir des loyers avant qu'ils soient exigibles).

 

  • Le créancier dont l'hypothèque grève un bail  emphytrotique qui en devient le locataire par voie de prise en paiement, devient personnellement responsable de toutes les obligations du débiteur, y compris le loyer pour toute la période restante et la remise des lieux en bon état à la fin du bail. Cela  rend le financement de la cession d'un bail emphytrotique très difficile.

 

  • S'il s'agit d'un immeuble loué comportant un compteur commun indiqué pour le service d'électricité et de gaz, l'acheteur doit s'assurer que le vendeur n'est pas en défaut. Autrement, il peut en être personnellement responsable du paiement de ces services.

 

  • Avant de signer la promesse d'achat, l'offrant doit s'assurer d'avoir en sa possession une copie de tous les baux et obtenir une attestation de la part du vendeur à l'effet que tous les loyers ont été payés à date, qu'aucun n'a été payé à l'avance, et qu'il n'existe aucune instance en suspens devant les tribunaux les concernant.

  • Propriété indivise - un seul logement

Chacun des copropriétaires indivis d'un immeuble peut demander qu'il soit vendu sous contrôle de justice sans qu'il soit dans l'obligation de justifier sa demande autrement qu'en déclarant ne plus vouloir demeurer dans l'indivision. Imaginez les conséquences: la propriété sera peut-être vendue à vil prix, faisant ainsi perdre aux indivisaires une partie importante de leur équité ou la totalité de celle-ci lorsqu'elle est déjà hypothéquée. Il est aussi possible que les seuls bénéficiaires soient les avocats et la personne désignée pour vendre. DÉSASTRE!

C'est pourquoi tout agent immobilier, avocat et notaire doit suggérer aux acheteurs d'un immeuble en indivis de convernir par écrit des conditions relatives à une demande pour mettre fin à l'indivis.

  • Propriété indivise - plusieurs logements

À moins d'une convention entre indivisaires, ceux-ci se trouveront dans une situation semblable à celle des indivisaires dont il a été question précédemment. À cette difficulté il faut ajouter la possibilité que le créancier hypothécaire, le cas échéant, exige le remboursement de tout ce qui lui est dû à cause du défaut d'un indivisaire de payer les mensualités, d'un avis de vente en justice sur une partie indivise, de la faillite d'un indivisaire ou le refus ou la négligence de signer la prorogation de délai. À déconseiller en principe.

 

6-                  LES POURSUITES JUDICIAIRES

 

Il arrive qu'un acheteur soit en droit de poursuivre son vendeur en dommages ou en annulation de la vente, ou les deux. Il agira prudemment en demandant à son avocat, non seulement ses chances de succès, mais aussi ce qu'il peut lui en coûter et à l'intérieur de quel délai il peut s'attendre à obtenir un jugement final.

L'acheteur doit retenir ceci:

  • il faut prévoir une dépense d'environ 25 000$ pour frais d'avocat et d'expertise s'il s'agit d'une poursuite en Cour supérieure (70 000$ et plus), pour chacune des parties. La majorité de ces frais ne peuvent le plus souvent être recouvrés contre la partie défaillante;

 

  • ces procédures judiciaires empoisonneront probablement votre vie et requierront temps et énergie. Il vous faudra attendre plusieurs années avant qu'un jugement final soit rendu, dépendant du district judiciaire et de la possibilité d'un appel.

 

  • il sera difficile à l'acheteur de demander l'annulation de la vente s'il a lui-même grevé l'immeuble d'une hypothèque.

 

  • si l'acheteur obtient un jugement annulant la vente, il devient alors créancier ordinaire du vendeur. Si ce dernier est insolvable ou devient en faillite, adieux la propriété et la condemnation à des dommages & intérêts. Peut-être devrez-vous quitter la propriété et vous trouver le bec à l'eau.

 

  • alors que les procédures seront pendantes, vous ne pourrez vendre votre propriété si vous avez demandé l'annulation de la vente. Si vous avez plutôt demandé une condemnation à payer des dommages & intérêts vous devrez corriger les défauts à vos frais avant de vendre votre propriété et peut-être qu'alors le vendeur vous opposera le profit résultant de cette vente.

 

  • Un procès est un procès...

Vous avez du reconnaître l'importance de bien connaître les mises en garde, d'en savoir l'importance, le cas échéant et l'obligation d'agir en conséquence avec l'assistance de personnes compétentes. Il s'agit de se faire prendre une seule fois ...

 

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